dimanche 24 décembre 2023

Le point sur mes projets

 L'année se termine, c'est souvent l'occasion de faire le bilan, en se remémorant chaque instant comme le chantait un rappeur dont j'ai totalement oublié le nom mais que mes potes écoutaient en boucle il y a une vingtaine d'années.


Je n'ai toujours signé aucun contrat d'édition.

Voilà, merci d'être passé, au revoir.

Ha ha! Je suis tellement drôle...

Non, mais c'est vrai, j'ai été pleine d'espoir à ce sujet toute l'année et... c'est en suspens. Ça peut arriver, ou pas, d'un moment à l'autre. Mais pour le moment, je reste une obscure scripteuse qu'on regarde avec pitié quand elle dit qu'elle est écrivain.

J'ai pourtant un roman finalisé, Hentaï witch qui semble beaucoup plaire à des gens qui sont, à mes yeux, les plus crédibles au monde pour juger de ce genre de choses. Mais il tombe mal. Il est trop long. Pas dans le bon genre. Catalogue déjà surchargé. Deux très bons éditeurs l'ont sur leur pile à lire. Une chance au grattage, une chance au tirage. On attend...

J'ai écrit une pièce de théâtre, que je dois remanier, parce que trop longue. J'espère qu'un jour je rencontrerai des gens qui voudront et pourront la mettre en scène. En attendant, j'ai écrit quelques sketchs, dont un spectacle complet, qui peuvent dores et déjà être joués. Mais voilà, là aussi, il faut trouver les bonnes personnes pour ça. Je me dis qu'une fois que je ne serai plus une obscure scripteuse, ça pourra créer des opportunités.

Je suis en train de remanier un roman érotique (voire un peu plus...) pour la collection Les Nouveaux Interdits, à La Musardine. C'est un genre que je maîtrise mal et pour lequel j'ai trop peu de références. En même temps, c'est un genre qui est un peu conçu pour te donner envie de lâcher le bouquin et de faire autre chose, donc bon... Du coup, je le travaille, depuis cet été, avec le directeur de la collection, Christophe Siébert. Une belle personne, avec en plus des connaissances qui me font un bien fou, qui m'aident énormément à progresser. Et là, par exemple, je dois confesser que ses derniers conseils, maintenant que je les applique, m'apparaissent comme du bon sens. Effectivement, mon livre est bien meilleur comme il me le dit.

J'espère, donc, encore, que d'ici quelques semaines, ce modeste ouvrage intitulé de façon potentiellement provisoire Rêves de queer pourra trouver sa place dans sa collection et sortir en... 2025. Oui, c'est long.

J'y parle d'une femme qui manque à la fois de vagin et de confiance en elle. Heureusement, elle va rencontrer une jeune femme qui dispose des deux, et ses potes. Et l'air de rien, j'y aborde des sujets sociétaux extrêmement sérieux. Il y a toujours énormément à lire entre les lignes, chez moi.

J'écris aussi, en pointillés, un autre roman où ça baise beaucoup, mais plus dans le style polar/fantastique. Donc je ne sais absolument pas ce que ce bouquin en devenir va... euh... devenir, mais il est déjà assez bien avancé. Dès que j'ai terminé Rêves de queer pour de vrai, je m'y remets. Je vais un peu mieux caractériser mon personnage principal, expliciter le contexte et faire péter une belle fin, bien ouverte qui pourrait donner lieu à une série, façon San Antonio. Parce que j'adorerais faire ça et j'ai deux personnages dans le même univers qui peuvent évoluer côte à côte et qui s'y prêteraient parfaitement.

Mais une chose à la fois, on va pas s'enflammer, si ça tombe, ça ne va intéresser personne.

Pour finir, je bosse sur une nouvelle pour le tout nouveau concours des Avocats du Diable, le prix Jacques Sadoul. La phrase inspiratrice m'a fait penser à l'un de mes projets, en SF. J'avais pas l'intention de l'écrire et encore moins de la sortir maintenant, parce que... c'est à la fois le point de départ, mais aussi le point final de mon univers. Mais après tout, pourquoi pas? J'ai une bonne intuition. Et en tout état de cause, il faudra bien que je l'écrive un jour... 

Donc j'y consacre quelques heures, le dimanche. Pour le moment, je suis sur le brouillon, je peaufine les détails avant de fracasser la tête de mes lecteurs. Ça va être très différent de ce que j'ai pu écrire jusque-là et en même temps, on va y retrouver mes obsessions, et mon style. Comment décrire ma cosmogonie et ma conception de l'univers, tout en parlant de temporalité, de religion, évidemment, de croyance, de vérité, de fiction, d'identité, d'intelligence artificielle, de politique, d'écologie et tout ça en 25 000 signes? Réponse dans quelques mois.

Pour comprendre mes autres récits à 100%, il sera essentiel de le lire, comme le roman, toujours en suspens, sur lequel je compte m'acharner dès que... j'aurai finalisé tout ça.

Celui-là, j'y travaille depuis quelques années et c'est lui qui aura pour fonction d'éclairer tout le reste. Y compris la nouvelle. La nouvelle doit faire passer mes autres récits de la 2D à la 3D. Ce roman doit les faire passer à la 4D. Je suis une obscure scripteuse, mais... j'ai quelques ambitions. À voir si j'en aurai les moyens... 

En ce 24 décembre 2023 où je ne bosse pas sur ma nouvelle, je me dis que si je rencontre les bonnes personnes, et que je prends le temps qu'il faut, rien n'est impossible. J'ai les idées, j'ai de plus en plus l'envie, il me manque le soutien, financier, bien sûr, parce que l'estomac vide j'écris rien de bon, mais pas que. J'ai aussi besoin d'encouragements et de critiques constructives. Quitte à me dire "non, ça, ça va clairement pas le faire". 


Et justement, si je devais résumer 2023, aujourd'hui, avec vous, je dirais que c'est avant tout des rencontres, des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée…

Diniz, Christophe, Élise, aussi, un peu, même si ça a été très court. D'autres moins bonnes qui ne valent pas qu'on en parle. Mais surtout Diniz et Christophe qui m'aident à transformer les rêves en espoirs, les improbabilités en possibilités.

Et, peut-être, l'année prochaine, en réalité. Qui sait?

En attendant, demain, raclette et écriture. La période des fêtes, pour l'asociale que je suis toujours, c'est une période particulièrement fertile, et grasse. Les autres festoient, sont en vacances, occupés donc j'ai moins de mal à me concentrer que le reste de l'année.

C'est pourquoi je vous souhaite de très joyeuses fêtes. 

dimanche 29 octobre 2023

Critique: L'étoile de mer, de Popier Popol

 



Petite précision: j'ai lu ce livre alors que je subissais une polysomnographie. Autrement dit, je me faisais scruter le sommeil pour savoir si je fais de l'apnée ou s'il y a une raison physique, mesurable à ma fatigue chronique. Spoiler: Non. C'est donc très certainement psychologique.

Mais on s'en fout, c'est pas le sujet. C'est juste que j'étais particulièrement crevée quand j'ai lu L'étoile de mer, aux éditions grevis.

Déjà, c'est quoi, ce machin? J'ai envie d'appeler ça de la poésie, donc je le fais: c'est de la poésie. Popol (tu permets que je t'appelle Popol?) nous parle du quotidien de Nathalie, un quotidien assez pénible, mais pas épique. Quotidien. D'une douloureuse banalité. Son boulot nul, sa vie sentimentale pas franchement passionnante... Je le vends bien, hein? Non, mais en fait, c'est là que c'est génial: c'est super bien raconté.

Vous savez à quoi il me fait penser, ce livre? À Leïla Bekhti. Si, si! Et surtout à sa recette de lasagnes. Je suis pas foutue de savoir si ça semble mangeable, comme recette, parce qu'elle raconte ça comme si c'était la plus abominable des tragédies, et ça nous donne envie de pleurer avec elle. Du coup, on explose de rire.



Ben là, c'est pareil. C'est triste à mourir, comme existence mais comme c'est raconté de façon atypique, ben c'est souvent rigolo. Et quand c'est pas rigolo, c'est émouvant. En tout cas, c'est jamais chiant. C'est pour ça que je parle de poésie: tout est dans la formulation, le choix de mots. C'est court, c'est léger, jamais pompeux, ça transpire d'humilité et, paradoxalement, d'amour. Notamment pour Philippe Poutou.

De toute façon, dès les premières pages, j'ai été séduite par la petite référence à la con qui va bien, je cite: "(léléla)".

Si t'as moins de trente ans, tu ne peux pas comprendre et c'est ça qui est bon.

Bref, lisez Popol, lisez L'étoile de mer.

dimanche 22 octobre 2023

Critique: Football factory, de John King

 



C'est mon deuxième John King, après Skinheads, et je comprends son succès. La parenté avec Welsh est évidente. Tous deux aiment les prolos britanniques honnis : hooligans, skins, toxicos... et ils les décrivent avec précision et un certain amour. On sent qu'ils ont fréquentés, qu'ils les connaissent, qu'ils en font peut-être même partie, d'une certaine manière.

Avec Football factory, aux éditions de l'olivier, King nous plonge dans une bande de potes liés par leur club, leur histoire et... leur virilité. Ils voyagent en Angleterre, au gré des matchs, dans les différents clubs qui affrontent leur équipe de Chelsea, au milieu des années 90, quand des hordes de supporters se tapaient sur la tronche en marge de chaque match.

Comme pour Skinheads, l'idée est de leur donner des noms, des visages, des parents, de les humaniser, de nous amener à les comprendre, à comprendre comment on en vient à se faire démolir la tronche par d'autres types qui partagent la même passion, mais pas le même maillot, à frôler la mort, à se retrouver en taule et à en éprouver une certaine fierté.

Football factory s'apparente à un travail journalistique, en immersion. King privilégie le réalisme. C'est la différence avec Welsh, qui met en scène des personnages plus marquants, dans des histoires continues. Là, King évacue ce qui ne va pas dans le sens de sa démonstration. Il n'y a pas d'histoire, mais des histoires avec des personnages récurrents qui ne se démarquent pas vraiment les uns des autres.

Le but n'est pas de nous divertir, de nous amuser, encore moins de nous prouver à quel point King écrit bien. Non, le but c'est de nous montrer l'univers du football anglais dans les 90's, avec une certaine précision.

Et c'est incontestablement réussi.


La prochaine critique portera sur un livre totalement différent qui s'intitule L'Étoile de mer, de Popier Popol. Je l'ai déjà terminé, et il est très bon.


dimanche 15 octobre 2023

La magie de l'écriture

 Quand je relis mes derniers textes, j'ai souvent cette impression très étrange que... c'est tellement bon que j'ai l'impression que ça a été écrit par un autre. Avant, quand je me relisais, au bout d'un moment j'en venais à me dire "oui, ok, il y a de bonnes choses, mais...".

C'est comme si, depuis quelque temps, une muse avait décidé de me souffler ce que je dois écrire.

En général, le matin, je me relis, et je trouve toujours des petites choses à améliorer. Des incises à préciser, des virgules à ajouter, des répétitions à éviter, des formulations à clarifier... Et là, je sais, sans conteste, que c'est moi qui pilote.

Mais l'après-midi, je suis dans la phase création et c'est totalement différent. 

J'ai décidé de me mettre devant mon traitement de texte à 14h. Comme je suis une rebelle, la plupart du temps, il est au moins 14h30 quand j'y reviens. Là, je pousse un grand soupir en me demandant ce que je vais raconter. Comme rien ne vient, je me réfugie sur mes réseaux sociaux, et le temps passe...

Vers 15h30, j'en suis toujours à me dire que je suis une fraude, que je suis naze. Particulièrement en début de semaine. En ce moment, je bute particulièrement sur l'usage du plus que parfait et j'en viens à m'interroger sur ma prétention à écrire des romans alors que je ne maîtrise même pas ce basique.

Sauf que, je sais, au fond de moi, que tout ça va se débloquer vers 16h, comme par magie.

Je vais lancer une phrase, et là, mon cerveau, ma muse, la magie - appelez ça comme vous voudrez-, va se mettre à fonctionner et ça peut aller jusqu'à une frénésie difficile à arrêter.

"Et là bam, je lui fais faire ça, et puis elle dit ça et pif l'autre, elle réagit comme ça. Il suffit que je l'amène comme ça. Allez, je fonce, je m'occuperai des détails plus tard. Plus que parfait ou passé composé? Plus que parfait, évidemment!"

Et le récit se déroule, naturellement, de façon logique, cohérente. Évidente. Mes personnages s'agitent comme s'ils étaient réels. Je suis le vague plan que j'avais en tête au départ, et je l'habille de multiples détails, je le change, je le peaufine, je l'affine, et j'y prends un énorme plaisir.

Je pense à mon lecteur, en permanence, je joue avec lui, je lui glisse du deuxième voire du troisième degré, je le prends par la main et je l'amène dans mon univers. De temps en temps, je lui balance une petite phrase pour le faire marrer, ou lui occuper la tête pendant ses insomnies, mais surtout pour qu'il reste bien éveillé parce que sinon il risque de rater un passage important.

J'essaie de l'inciter à relire mon bouquin, parce qu'à la première lecture, tu passes à côté de l'essentiel. Cette petite phrase, rigolote parce qu'elle semble hors contexte, absurde, ironique, si, en fait, il fallait la prendre au 1er degré, en reculant d'un pas pour considérer les personnages autrement, comme des symboles?

Ça mouline sans que je m'en rende compte et j'ai l'impression d'écrire une histoire qui existait déjà, avant, dans une autre dimension. Simplement, je l'arrange avec mes mots et ce foutu plus que parfait, mes références, mon existence, ma personnalité qui se révèle à moi en même temps.

En écrivant l'histoire de personnages fictifs, j'écris ma propre histoire. Mise en abyme.

Il faut que je relise Borgès. Encore.

dimanche 1 octobre 2023

Critique: Martin Eden, de Jack London


 

Ne prêtez pas attention à ce vernis mal foutu: je ne suis pas douée, mais c'est pas le sujet.

J'entends dire depuis longtemps que Martin Eden est le chef-d'oeuvre de London donc j'ai voulu découvrir cet auteur par ce livre. J'avais déjà lu une biographie du bonhomme, très intéressante. Un prolo, vraiment parti de rien, viscéralement socialiste, qui a appris à maîtriser le langage alors qu'il vivait d'improbables aventures aux quatre coins de la mappemonde. Et ce livre est en grande partie inspirée de sa vie.

Sauf qu'ici, il n'est pas question de voyage exotique, mais plutôt de voyage intérieur. London nous plonge dans la peau d'un écrivain en devenir, qui apprend à maîtriser la langue en autodidacte, qui se méprend sur le fonctionnement éditorial, qui devient arrogant et... termine particulièrement déçu d'avoir atteint ses objectifs.

Il voulait montrer au monde quel génie il était, y parvient et... se retrouve confronté à l'hypocrisie du monde qu'il a toujours fréquenté. Hé oui, hier, on le conspuait, aujourd'hui, on l'adule, alors qu'il a toujours été la même personne.

Le moment était parfaitement choisi pour lire ce livre, puisque... je suis dans une position comparable à celle du personnage, au milieu du récit. Moi aussi, j'écris depuis des années, avec de très modestes résultats. Moi aussi, j'ai sacrifié énormément de choses pour écrire. Comme lui, je suis pauvre, par "choix", parce que je veux avoir du temps à consacrer à l'écriture. Comme lui, je suis très seule. Comme lui, quand je parle de mes textes, les gens me regardent comme si j'étais un enfant de trois ans qui vient de dessiner une maison avec un gros soleil qui sourit. Moi aussi, je suis arrogante, mais... je peux aussi me montrer humble. J'ai conscience d'avoir encore des défauts, même si j'en ai déjà corrigé beaucoup. Je continue à apprendre et à m'améliorer.

Tout écrivain en devenir devrait lire Martin Eden qui constitue un beau témoignage sur l'écriture, à une époque, aux Etats-unis mais qui conserve une portée universelle.

Je trouve néanmoins l'oeuvre un peu naïve, parfois poussive, pas totalement maîtrisée, avec une fin, que je connaissais par avance, assez décevante. Mais c'est sans doute mon arrogance qui parle.

Il n'en demeure pas moins que je ne regrette pas du tout ma lecture, et que je lirai sans doute d'autres œuvres de London.

Rendez-vous compte que je n'ai encore jamais lu Les Trois Mousquetaires. C'est dire s'il me reste des "classiques" à découvrir. Il figure sur ma pile à lire.

En attendant, c'est John King et Football factory que j'ai déjà attaqué. Et il me déstabilise toujours, John. C'est pas son truc, les romans linéaires, hein?


dimanche 3 septembre 2023

Un nouveau roman en cours de finition

 J'ai voulu profiter de cette année un peu particulière, avec des ARE et une opération chirurgicale en plein milieu, entre autres, pour me tester. Je voulais voir ce que ça donnait, si je me consacrais à l'écriture à temps plein.

J'avais toujours pensé que l'inspiration venait quand elle venait, souvent la nuit, et qu'il ne fallait surtout pas la forcer. J'estime aujourd'hui qu'il s'agissait d'une erreur.

Bien sûr, il y a de longues périodes où je ne vois rien à taper sur mon traitement de texte, dans une journée. Mais passer ce temps dans mes notes me permet de trouver de nouvelles idées, plutôt que de les gâcher à autre chose. Même si mon texte ne semble pas avancer, il se construit, dans l'ombre de mon crâne, et je m'améliore.

J'ai souvent la tête dans le cul. Beaucoup trop. Et j'avais aussi tendance à me dire que dans cet état, je n'étais bonne à rien. C'est faux. Il reste possible de se relire, et, au pire, de lancer un coup de correcteur, de prendre du recul, compléter les fiches de mes personnages, de mes lieux...

Bref, nous sommes au tout début de septembre, et j'ai produit trois bouquins: une pièce de théâtre, un spectacle à sketchs et un roman "érotique". Les trois méritent quelques relectures et améliorations, mais pour les deux premiers, j'ai le temps. Il faut que je trouve une compagnie pour les jouer et ça risque de ne pas être pour cette année.

Quant au troisième, j'espère l'avoir vraiment terminé en fin de semaine prochaine.

Je l'ai fait lire à deux amis pour m'assurer que je n'ai pas écrit d'inepties dans des domaines qu'ils maîtrisent mieux que moi, et ça ne semble pas être le cas. En bonus, ils ont l'air d'apprécier leur lecture pourtant très particulière.

Deux autres amies m'ont proposé leurs services de relecture. Elles peuvent effectivement m'aider niveau incohérences et syntaxe, mais avec leurs vies chargées, j'espère qu'elles pourront s'en acquitter assez vite.

Parce que j'ai hâte d'exhiber mes personnages au monde.

Je dois dire que c'est une première, pour moi. J'ai adoré passer ces quelques semaines avec eux, et je suis triste de devoir les abandonner. Mais je suis surtout fière de moi. J'estime m'être grandement améliorée niveau technique au cours de cette écriture, et... le résultat, que je continue à améliorer, me semble bien plus abouti que mes précédentes productions.

Je n'ai pas pu m'empêcher d'y ajouter quelques niveaux de lecture qui devraient provoquer des vertiges, et, je l'espère vraiment, provoquer réflexions et rêveries, en plus de l'effet recherché principalement.

La semaine prochaine, je vais donc me relire, encore et encore, jusqu'à ce que je ne voie plus rien à modifier. Je vais enrichir mes descriptions, uniformiser, corriger, approfondir, clarifier... Je vais tâcher de virer les effets de manche, traquer les clichés, les erreurs de concordance des temps, les répétitions...

Ensuite, Rêves de queer passera son entretien d'embauche pendant que sa créatrice croisera les doigts, en se demandant si elle ne s'est pas, encore, égarée dans ses délires... 

Mais à ce stade, je suis convaincue qu'il mérite d'exister, d'être publié et qu'il trouvera son public.

dimanche 6 août 2023

Critique: King Kong théorie, de Virginie Despentes


 

Ce livre me faisait de l'oeil depuis plusieurs années. Il m'intriguait. Déjà, Despentes: tout ce qu'elle fait attire mon attention. Même si j'ai moyennement aimé Vernon Subutex, et que Les Chiennes savantes ne m'avait que partiellement comblée.

Et puis, pourquoi King Kong théorie? De l'importance du titre: Nothomb m'a attirée dans ses filets avec Métaphysique des tubes. J'avais besoin de comprendre comment on pouvait devenir un best seller avec un titre aussi peu sexy.

Surtout, j'en entends beaucoup de bien depuis longtemps.

Alors voilà, j'ai lu ce court essai, au Livre de Poche, en quelques heures. Et maintenant, j'ai envie de lire tous les autres, et même de relire Vernon Subutex et Les Chiennes savantes.

C'est étrange à dire, et si elle le lit, ça va certainement lui semblé très intriguant, mais je me suis identifiée à elle. Nous avons des vies, des vécus très différents, on ne se ressemble pas, et pourtant, j'ai eu ce sentiment du début à la fin qu'elle parlait de moi. C'est peut-être, simplement, parce qu'avec son style punk, elle a réussi à toucher juste.

C'est peut-être, aussi, que nous ne sommes, elle et moi, pas des meufs lambda. Il doit être là, notre point commun: la marge, le recul. Différentes l'une de l'autre, mais hors du cercle.

Ce qui lui permet de le définir, ce cercle, de nous expliquer ce qu'est une femme, et en creux, ce qu'est un mec. De nous parler des relations désastreuses entre les deux, de la place merdique de la femme, surtout si elle n'entre pas dans le cercle.

Mais, dans le fond, qui peut y entrer, dans ce cercle de la femme acceptable? Personne. Les attentes contradictoires, entre la putain et la sainte, sont conçues pour qu'aucune femme ne soit jamais en sécurité.

Je vais le relire. Parce que j'en ai besoin. Parce que cette société a besoin de cette théorie.

Je lis peu d'essais. Je préfère qu'on m'explique une philosophie avec des images, des situations, de la fiction, mais King Kong théorie vient de rejoindre Manifeste d'une femme trans, de Julia Serano dans la catégorie "explosion de cervelle salvatrice".

Deux femmes qui, de par leurs vécus, ne peuvent voir notre société que d'un angle original, et donc éclairant.