dimanche 5 mai 2024

Critique: Le Roman de la momie, par Théophile Gautier


 

J'ai toujours des lacunes, au niveau des "classiques" de la littérature. Je mets des guillemets à "classiques" depuis qu'un prof, à la fac, m'a fait remarquer que ce terme ne devrait s'appliquer qu'au courant dit "classique" qui couvre globalement le règne de Louis XIV. Et parmi ces lacunes, il y avait Théophile Gautier.

Je profite d'avoir de gros soucis financiers pour puiser dans le domaine public de quoi nourrir mon esprit avec ce livre obtenu, donc, gratuitement.

Et c'est une énorme déception.

D'abord, à cause d'un quiproquo qui remonte, justement, à mes études de lettres. Je n'ai jamais étudié Gautier. J'en avais juste très vaguement entendu parler et je n'ai jamais pris la peine de me renseigner sur lui. Je savais simplement qu'il s'agit d'un auteur du XIXème et qu'il a écrit ce Roman de la momie. Et j'ai associé le plus naturellement du monde "la momie" au courant gothique, avec Dracula et la créature de Frankenstein. Parce que les momies sont associées depuis mon enfance aux vampires, loups-garous et autres monstres, avec les dessins animés ou les films.

Hé bien non. Rien à voir. C'est une histoire d'amour sans sorcellerie, sans maléfice, sans paranormal, sans monstre. Une histoire d'amour limite mièvre, d'ailleurs. Un bon vieux triangle amoureux des ménages, mais à un moment clé de l'histoire égyptienne.

C'est le petit supplément d'âme.

Parce que le gros de la déception vient de la forme.

On peut me raconter une histoire d'amour mièvre si, au niveau du style, de la narration, on parvient à m'emporter. C'est tout à fait faisable. Sauf que là, Théophile, il a juste réussi à me faire rire, à ses dépens.

Le roman est court. Et c'est heureux. Parce que pour plus de la moitié, c'est de la description. Et pas de la description bien menée, vivante, qui vient te toucher les tripes, non. Non.

Le but de Théophile Gautier n'est pas de nous toucher les tripes mais de nous montrer comment il maîtrise trop bien son jargon égyptologique. Comme si le but était de plaire à son prof de français (s'il en a eu un) ou... aux égyptologues. Il se trouve que je ne suis ni l'un, ni l'autre, donc ça m'a profondément ennuyée, cet interminable et inutile verbiage.

Si un jour, j'écris un livre qui se déroule à la même période, je me servirai de ce livre pour glisser, de temps en temps, un mot qui fait couleur locale. Mais ce n'est pas prévu.

Non, ça ne m'a pas impressionnée du tout. Ça m'a fait rire, parce que tout ce qui est excessif finit par devenir ridicule et donc drôle. Je ne peux même pas dire que c'est beau. Il y a une esthétique, certes, mais une esthétique froide. Et comme j'étais noyée par les détails qui nuisent à ce qui m'importait le plus, l'histoire et les personnages, j'ai très vite décroché. J'en suis même arrivée à zapper des passages entiers, ce qui est quand même un comble pour un roman aussi court.

Je me rends compte en écrivant cette critique que mes études de lettres m'ont amenée à comprendre et à aimer des livres que j'aurais sans doute détestés si je les avais découverts sans les explications d'un enseignant passionné.

Et ça me semble logique de formuler cette remarque sur un livre qui évoque, dans son introduction, la découverte de hiéroglyphes traduits par un expert qui les appellera "Le Roman de la momie".

À croire que Gautier savait, avant même de l'écrire, qu'il y aurait des gens comme moi pour se moquer de son livre dans le futur, simplement parce que je n'ai pas ou plus les clés pour le comprendre.


J'ai changé de style, pour la suite, avec Cyrano de Bergerac, que je ne parviens pas à m'imaginer avec d'autres traits que ceux de Depardieu.

dimanche 21 avril 2024

Critique: L'Appel de la forêt, par Jack London

 


Après Martin Eden, voici L'Appel de la forêt. Ce prolo devenu référence dans le monde littéraire exerce une certaine fascination sur moi. Il a appris seul, avec plus que de la détermination, de l'acharnement, à une époque très éloignée de la création d'Internet, de Wikipédia et des conseils de Christophe Siébert sur le blog de la Musardine.

Ça force le respect.

D'ailleurs, j'ai l'impression que London ne parle que de lui, sans parler de lui. Ici, il est question d'un énorme chien, parfaitement domestiqué et tranquille, qui redevient sauvage une fois plongé malgré lui dans la ruée vers l'or.

Quand on connaît un peu l'histoire du bonhomme, et qu'on a lu Martin Eden, ça devient évident que ce conflit intérieur entre l'instinct qui l'a poussé à voyager à travers le monde et à se bagarrer à de nombreuses reprises, et la raison, la civilisation qu'il a voulu rejoindre, par amour.

Mais je vais éviter l'étude psychanalytique qui en dit en général bien plus sur celui qui s'y abaisse que sur le sujet d'étude.

Nous avons donc un roman raconté du point de vue du chien, Buck, ce qui surprend mais m'intéresse beaucoup parce que j'ai un projet qui s'en rapproche. En plus déjanté.

J'ai mis un peu de temps à rentrer dans l'histoire, pourtant courte, sans doute à cause de la cruauté du début. Ensuite, comme Buck, je me suis adaptée.

Ce que j'apprécie, c'est que London n'a pas besoin d'interminables descriptions pour planter son décors. Il a connu le Yukon de très près donc il en parle naturellement, avec simplicité. C'est un prolo qui parle à tout le monde avec un vocabulaire accessible.

Je parle de cet aspect parce que j'ai enchaîné avec Théophile Gautier et... c'est pas la même. Je suis à 48% du bouquin et il ne s'est toujours rien passé. Mais une chose à la fois, j'y reviendrai d'ici peu.

L'Appel de la forêt peut être lu par tout le monde, y compris des enfants, il est instructif, bien écrit, intelligent et divertissant. Sans avoir l'air prétentieux (et pourtant, pour son auteur, d'une certaine manière, il l'est autant que possible), ce livre répond à tout ce qu'on peut en attendre. 

dimanche 14 avril 2024

Critique: Jésus contre Hitler, par Neil Jomunsi


 

J'en suis bien navrée, mais on part sur une nouvelle critique négative.

Avec la saga du Bourbon kid, j'ai eu envie de persister dans le "what the fuck", alors j'ai tenté ce court roman sans prétention qui m'a tapé dans l’œil: Jésus contre Hitler.

Il a l'avantage d'être très court. Et c'est à la fois une bonne et une très mauvaise chose.

Parce que ce roman, c'est une vanne. Il repose entièrement sur ce concept WTF, efficace, puisqu'il m'a tapé dans l’œil. Sauf que Neil Jomunsi n'en a pas profité pour m'en mettre plein la vue. Il aurait pu m'éblouir par son style, son sens de la formule. Il aurait pu me faire rire en multipliant les ruptures de tons. Il aurait pu m'impressionner par la richesse de son univers. Il aurait pu me clouer en me prenant à rebrousse-poils, à m'expliquer pourquoi il faut arrêter avec cette littérature WTF...

Mais non. C'est juste Jésus contre Hitler, sur 89 pages. C'est superficiel, c'est caricatural, ça manque de maîtrise, d'un minimum de profondeur. Donc même si c'est très court, la vanne s'épuise très vite. Les personnages restent des coquilles vides auxquelles on ne peut pas s'accrocher. Il aurait donc peut-être fallu que ce soit un peu plus développé.

Dans les premiers romans de la saga du Bourbon kid, c'est hyper riche. C'est caricatural à mort, mais cet aspect est très bien utilisé, c'est assumé, réfléchi, jouissif. L'histoire est bien amenée, on a envie de passer du temps avec tous les personnages, de mieux les connaître.

Là, on se rapproche plus du dernier opus de la saga, Kill the rich, mais pour moi c'est même encore deux crans en dessous.

Cela dit, je trouve ça intéressant de lire des romans qui ne fonctionnent pas. Ça permet de comparer et de réfléchir, justement, à ce qui ne va pas et pourquoi. Je note, aussi et néanmoins, qu'il y a un public pour ce type de littérature.

La prochaine fois, je vous parlerai de L'Appel de la forêt, de Jack London que j'ai terminé il y a quelques jours. Ça va pas être la même ambiance.


dimanche 7 avril 2024

Critique: Kill the rich ! par anonyme

 



C'est une amie qui m'a fait découvrir, il y a une paire d'années désormais, la saga du Bourbon kid, avec Le Livre sans nom par un auteur anonyme. Je suis tombée amoureuse du concept et de son audace.

Dès la première page, une question est venue me tabasser le crâne et elle ne m'a plus jamais lâchée: "Comment c'est possible?". Dès l'incipit, on est confronté à tout ce que je m'interdisais de mettre dans mes propres récits: des clichés monstrueux par palettes entières et de l'humour scato poussé à l'extrême. Et pourtant, ça marche.

J'ai lu le premier opus de cette saga dans un jouissif état de sidération, du début à la fin. Alors, j'ai lu deuxième et puis le troisième... Pour renouveler l'expérience, et pour comprendre.

Je pense avoir compris. Tout est question de dosage, d'équilibre. C'est comme les films de Tarantino dont l'esprit hante chaque page. Il y a tous les ingrédients pour aboutir à un infâme nanar et pourtant, ça marche. Parce que c'est assumé, parce que c'est articulé de façon intelligente, parce que c'est maîtrisé, parce qu'il y a une vraie structure et un vrai style pour porter tous ces clichés...

C'est ce qui fait toute la différence avec un premier roman écrit par un ado.

Le problème, c'est qu'au-delà des trois premiers opus, ça ne fonctionne plus. Déjà, dans Le Cimetière du diable, j'ai senti l'édifice s'ébranler sévère. L'effet de surprise s'estompe, l'humour scato commence à devenir lourd et les personnages perdent leur aura.

Et à chaque nouveau roman, la qualité se dégrade un peu plus.

J'ai pourtant continué à lire, parce que ça me faisait marrer, parce que ça me change de la production habituelle et des "classiques de la littérature". Ça m'encourage: je me dis que c'est moins bon et pourtant, ça s'édite et ça se vend quand même.

Mais sur Kill the rich !, je pense qu'anonyme en a marre.

Je n'aime pas me montrer méprisante, je préfère la bienveillance, même quand j'ai pas aimé, mais là, notre auteur a foutu en l'air son univers et j'ai l'intuition que c'est volontaire.

L'écriture est beaucoup moins soignée, réfléchie que par le passé, sans même parler des trois premiers. Les personnages se font saccager. On sent dès les premières pages que l'auteur n'en peut plus de Sanchez, alors BAM! Mention spéciale, bien sûr, pour le kid, qui n'en est plus un, qui est allé au bout de son histoire, de sa mythologie et qui n'a donc plus de raison d'être, mais qui est quand même toujours là, qui tire sur la corde de façon insensée et qui en perd tout son intérêt, tout son charisme.

Et il se trouve que c'est sa saga, c'est censé être le personnage central. Ce n'est plus le cas et de toute façon tous les personnages sont devenus des caricatures d'eux-mêmes, alors qu'ils étaient déjà des caricatures.

J'ai donc souffert sur 540 pages à voir les personnages que j'aimais se faire ainsi maltraiter par leur propre créateur, qui n'y croit plus.

C'est triste, mais je pense qu'il est plus que temps de passer à autre chose. En tout cas, c'est ce que je compte faire, en ce qui me concerne.

Merci pour le fun, anonyme. C'était très cool, au début.

dimanche 17 mars 2024

Critique: Ségurant, Le Chevalier au dragon par Emanuele Arioli


 

Que vous dire? J'ai découvert l'existence de ce roman à la fois très ancien et très récent dans La Voix du Nord. Il se trouve qu'Emanuele Arioli, qui a fait l'objet d'un documentaire sur Arte en plus des articles dans la presse locale, est enseignant dans mon ancienne fac. Je me souviens avec émotion du prof de littérature médiévale qui a échoué totalement à me faire aimer cette littérature. Parce qu'il manquait un peu de passion. Et pourtant, je m'intéresse à tout, y compris aux œuvres de l'antiquité et toutes ces histoires de chevalerie me fascinent.

C'est pourquoi j'ai très vite acheté ce livre, dès que j'ai découvert son existence. 

J'avais une grosse crainte sur la langue qui serait utilisée. Parce que l'ancien français, je l'ai étudié, aussi, avec plus d'intérêt à l'époque, mais... c'était il y a longtemps et je n'ai jamais été experte. Aucun souci, cela dit: on est sur une transcription intelligente. Je n'ai même pas éprouvé le besoin de consulter le glossaire, à la fin. D'ailleurs, je ne suis pas fan des glossaires à la fin. Je préfère les notes de bas de page sans la moindre hésitation.

Le seul détail qui m'a gênée c'est la répétition de "que vous dire?" qui doit correspondre à la perfection à l'intention de l'auteur, qui fait très couleur locale, si je puis dire, mais qui agace la lectrice moderne que je suis.

Pour le reste, c'est l'histoire de Ségurant, qui aurait pu surclasser jusqu'à Lancelot, s'il n'avait subi un puissant sortilège qui le pousse à lutter sans relâche contre un terrifiant dragon.

Bien sûr, l'inconvénient avec ce récit disparu puis retrouvé, ce sont les lacunes dans le texte. Si la quête d'Emanuele Arioli a fait l'objet d'articles et d'un documentaire, c'est parce qu'elle présente un intérêt comparable à celui de l'histoire. Alors oui, il manque des bouts, il y a des passages dont on ne sait pas bien quoi faire, des variantes... Mais je le savais d'avance. Il s'agit d'un roman éparpillé façon puzzle aux quatre coins de l'Europe, dans diverses bibliothèques, et ça nous plonge justement dans cette époque dépourvue de traitements de texte, où la littérature se montre fragile.

En somme, ça se lit bien, ça se lit vite et pour peu qu'on s'intéresse à cette période, on peut se passionner pour ce chevalier un peu trop parfait, à l'humour... daté, tout comme son compagnon bien moins valeureux, Dinadan.

Et c'est édité par Les Belles Lettres.




dimanche 21 janvier 2024

Pourquoi j'écris?

 Je suis en train de lire Écriture, histoire d'un métier de Stephen King et en même temps j'écris une nouvelle sur des thèmes qui me tiennent particulièrement à coeur. Voire qui m'obsèdent depuis longtemps.

En réfléchissant, je me suis rendu compte que cette histoire, c'est sans doute ma plus ancienne histoire, la fondatrice. Ma genèse.

J'ai déjà parlé de mes histoires de fantômes et, un peu, du lien avec ma créativité. Je vais développer cet aspect. 

Il s'agit du premier événement dont je me souvienne. Un fantôme, noir, qui m'est apparu alors que j'avais peut-être trois ou quatre ans. J'en ai aujourd'hui quarante-quatre et je peux vous dire que j'ai élaboré un nombre conséquent de théories à propos de cet événement. Et c'est ça qui, désormais, m'intéresse.

Que ce soit un vrai fantôme, une terreur nocturne, un cauchemar ou autre n'a plus pour moi véritablement d'importance. Par contre, je note que cet événement a été fondateur pour moi. Parce que dès que l'apparition est partie, évidemment, j'ai hurlé. Ma mère est arrivée et je me souviens qu'elle était pas contente. Pas contente du tout. Moi, avec mon langage balbutiant, j'essayais de lui faire comprendre l'événement terrifiant que je venais de vivre. Je pense que si elle était venue auprès de moi, qu'elle m'avait rassurée, qu'elle m'avait convaincue que j'étais en sécurité, que ce n'était que mon imagination, mon destin aurait été très différent.

Parce que, là, je me souviens aussi clairement de cette apparition que de la réaction exaspérée de ma mère. Alors, cette histoire, je l'ai racontée de nouveau. Et encore. Et encore. Au collège, je continuais à la raconter et on me disait que j'étais dingue. Au lycée, je la racontais toujours, et puis une fois adulte et à quarante-quatre ans, je la raconte encore.

Je l'ai racontée parce que j'avais absolument BESOIN d'être crue, et rassurée. Et, bien sûr, au fil des années, mon récit s'est amélioré au rythme de mes progrès en français et en rédaction. Si bien qu'aujourd'hui, je sais que je n'ai jamais menti, mais j'ignore à quel point mon souvenir a pu s'altérer. Des yeux rouges? Est-ce que ce fantôme a toujours eu des yeux rouges? Je ne sais pas.

Outre la maîtrise de la langue, il y a aussi mon évolution culturelle, mon intention qui ont altéré mon histoire. Pendant très longtemps, il me fallait absolument convaincre mon auditoire qu'il s'agissait d'un authentique phénomène paranormal: fantôme, ange, démon, génie... Qu'importe? Mais ce n'était pas un mensonge, et je ne pouvais pas admettre, à ce stade, qu'il pouvait s'agir d'un simple cauchemar, d'une hallucination, d'une terreur nocturne. Pourquoi? Parce que j'avais raconté tant de fois cet événement, il avait pris une telle importance que ce n'était plus concevable.

Ensuite, j'ai mûri, j'ai eu besoin de rentrer un minimum dans le moule, ou, à tout le moins, de ne pas trop me marginaliser, alors, ok, j'ai cru pendant longtemps que c'était un authentique fantôme, mais j'étais un gosse donc j'ai pu me tromper.

Devenue adulte, j'ai pris mes distances avec cet événement, qui ne valait plus que je le raconte de façon obsessionnelle, vu que ce n'était probablement qu'une terreur nocturne.

Sauf que mon esprit créatif s'était aiguisé pendant tout ce temps, avec cette histoire et les autres, ce qui m'a amené à le mettre en perspective, à m'en servir pour explorer le champ des possibles.

Toute mon adolescence, j'ai interprété cet événement comme le signe que j'étais quelqu'un d'important, une élue de Dieu, du diable, de puissances occultes et supérieures. Un truc dans le genre. Parce que ça n'arrive pas à tout le monde, ça, quand même. Vous en conviendrez.

De là, m'est venue l'idée, un jour, que, peut-être, ce fantôme, c'était moi. Mon moi du futur venu sceller mon destin, essayer de m'expliquer quelque chose...

Vous le voyez, là, le processus créatif?

Et si ce moi était venu du futur pour s'assurer que je deviendrais bien écrivain?

Dans la nouvelle que je suis en train d'écrire, il n'est pas question de moi. Pas directement, mais il est question de voyage dans le temps et dans les dimensions, de "fausse" divinité, de rêve, de cauchemar...

Je suis encore en train de raconter cette histoire, au final, mais version science-fiction, avec de la distance et la somme de toutes mes réflexions depuis ma petite enfance. Elle commence, d'ailleurs, par une version à peine améliorée des aventures que je m'inventais, avec mes figurines des Chevaliers du Zodiaque, de Musclor, des GI-Joe... 

Et, peut-être qu'en mentant délibérément, en exagérant, en transformant ce fait réel mais altéré en fiction, on finira par me croire. Et me rassurer. Et m'aimer.

Critique: Volna, de Christophe Siébert

 




Deuxième livre de Christophe Siébert que je lis en quelques mois, avec l'angoissant Feminicid. Volna se présente sous une forme plus classique: c'est un roman qui nous raconte l'histoire de plusieurs personnages, avec un début cataclysmique, une intrigue surprenante, des rebondissements terrifiants et une fin... Y-a-t-il de l'espoir dans cette cité-État de Mertvecgorod que Christophe Siébert nous dévoile brique par brique? Je vous laisse le découvrir.

Dans le fond, l'important, c'est ce pays fictif situé entre l'Ukraine et la Russie, corrompu jusqu'à ses tréfonds où tout n'est que toxicité. Les personnages ne semblent être que des prétextes pour nous montrer jusqu'où le vice peut aller. C'est la loi de la jungle, en pire. À travers cette histoire de capucin compromettant, l'auteur nous montre un avenir aussi possible que dégueulasse. Possible parce que profondément humain. Dégueulasse parce que... profondément humain. Ce qu'il nous montre, c'est l'interaction entre un cadre hideux et pollué avec des hommes et des femmes qui essaient d'y survivre, d'y échapper, d'oublier leur condition en laissant libre court à leurs pulsions les plus immorales. Un cercle vicieux qui engloutit et tout le monde. Sauf l'espoir, donc, incarné par ce singe qui représente un paquet de pognon et qui peut donc améliorer l'atroce condition des deux personnages qui le trouvent, leur permettre de quitter ce dépotoir géant où il pleut de l'acide, ou de s'y faire une place un peu moins inconfortable.

Sauf que c'est l'anarcho-libéralisme qui règne à la RIM: chacun pour sa gueule et d'autres rêvent aussi de le récupérer, ce foutu singe, pour les mêmes raisons, ou pour conserver leurs privilèges.

Ce qui nous amène à une histoire narrée à travers des chapitres très courts, parfois moins d'une page, parce qu'on est dans le mouvement permanent, l'action et que c'est par leurs actes que les personnages se définissent. Le livre est lui aussi très court. C'est un direct dans la tronche. Pas de détour, droit au but.

Et puis, il y a Volna ou plutôt Alina, qui semble mieux adaptée que les autres.

J'admire particulièrement cette construction, minutieuse, de tout un univers, avec des livres qui entrent en résonance les uns avec les autres. De la science-fiction bien moderne, bien ciselée, bien contre-utopique et bien flippante.

Là encore, je recommande chaleureusement. 

dimanche 24 décembre 2023

Le point sur mes projets

 L'année se termine, c'est souvent l'occasion de faire le bilan, en se remémorant chaque instant comme le chantait un rappeur dont j'ai totalement oublié le nom mais que mes potes écoutaient en boucle il y a une vingtaine d'années.


Je n'ai toujours signé aucun contrat d'édition.

Voilà, merci d'être passé, au revoir.

Ha ha! Je suis tellement drôle...

Non, mais c'est vrai, j'ai été pleine d'espoir à ce sujet toute l'année et... c'est en suspens. Ça peut arriver, ou pas, d'un moment à l'autre. Mais pour le moment, je reste une obscure scripteuse qu'on regarde avec pitié quand elle dit qu'elle est écrivain.

J'ai pourtant un roman finalisé, Hentaï witch qui semble beaucoup plaire à des gens qui sont, à mes yeux, les plus crédibles au monde pour juger de ce genre de choses. Mais il tombe mal. Il est trop long. Pas dans le bon genre. Catalogue déjà surchargé. Deux très bons éditeurs l'ont sur leur pile à lire. Une chance au grattage, une chance au tirage. On attend...

J'ai écrit une pièce de théâtre, que je dois remanier, parce que trop longue. J'espère qu'un jour je rencontrerai des gens qui voudront et pourront la mettre en scène. En attendant, j'ai écrit quelques sketchs, dont un spectacle complet, qui peuvent dores et déjà être joués. Mais voilà, là aussi, il faut trouver les bonnes personnes pour ça. Je me dis qu'une fois que je ne serai plus une obscure scripteuse, ça pourra créer des opportunités.

Je suis en train de remanier un roman érotique (voire un peu plus...) pour la collection Les Nouveaux Interdits, à La Musardine. C'est un genre que je maîtrise mal et pour lequel j'ai trop peu de références. En même temps, c'est un genre qui est un peu conçu pour te donner envie de lâcher le bouquin et de faire autre chose, donc bon... Du coup, je le travaille, depuis cet été, avec le directeur de la collection, Christophe Siébert. Une belle personne, avec en plus des connaissances qui me font un bien fou, qui m'aident énormément à progresser. Et là, par exemple, je dois confesser que ses derniers conseils, maintenant que je les applique, m'apparaissent comme du bon sens. Effectivement, mon livre est bien meilleur comme il me le dit.

J'espère, donc, encore, que d'ici quelques semaines, ce modeste ouvrage intitulé de façon potentiellement provisoire Rêves de queer pourra trouver sa place dans sa collection et sortir en... 2025. Oui, c'est long.

J'y parle d'une femme qui manque à la fois de vagin et de confiance en elle. Heureusement, elle va rencontrer une jeune femme qui dispose des deux, et ses potes. Et l'air de rien, j'y aborde des sujets sociétaux extrêmement sérieux. Il y a toujours énormément à lire entre les lignes, chez moi.

J'écris aussi, en pointillés, un autre roman où ça baise beaucoup, mais plus dans le style polar/fantastique. Donc je ne sais absolument pas ce que ce bouquin en devenir va... euh... devenir, mais il est déjà assez bien avancé. Dès que j'ai terminé Rêves de queer pour de vrai, je m'y remets. Je vais un peu mieux caractériser mon personnage principal, expliciter le contexte et faire péter une belle fin, bien ouverte qui pourrait donner lieu à une série, façon San Antonio. Parce que j'adorerais faire ça et j'ai deux personnages dans le même univers qui peuvent évoluer côte à côte et qui s'y prêteraient parfaitement.

Mais une chose à la fois, on va pas s'enflammer, si ça tombe, ça ne va intéresser personne.

Pour finir, je bosse sur une nouvelle pour le tout nouveau concours des Avocats du Diable, le prix Jacques Sadoul. La phrase inspiratrice m'a fait penser à l'un de mes projets, en SF. J'avais pas l'intention de l'écrire et encore moins de la sortir maintenant, parce que... c'est à la fois le point de départ, mais aussi le point final de mon univers. Mais après tout, pourquoi pas? J'ai une bonne intuition. Et en tout état de cause, il faudra bien que je l'écrive un jour... 

Donc j'y consacre quelques heures, le dimanche. Pour le moment, je suis sur le brouillon, je peaufine les détails avant de fracasser la tête de mes lecteurs. Ça va être très différent de ce que j'ai pu écrire jusque-là et en même temps, on va y retrouver mes obsessions, et mon style. Comment décrire ma cosmogonie et ma conception de l'univers, tout en parlant de temporalité, de religion, évidemment, de croyance, de vérité, de fiction, d'identité, d'intelligence artificielle, de politique, d'écologie et tout ça en 25 000 signes? Réponse dans quelques mois.

Pour comprendre mes autres récits à 100%, il sera essentiel de le lire, comme le roman, toujours en suspens, sur lequel je compte m'acharner dès que... j'aurai finalisé tout ça.

Celui-là, j'y travaille depuis quelques années et c'est lui qui aura pour fonction d'éclairer tout le reste. Y compris la nouvelle. La nouvelle doit faire passer mes autres récits de la 2D à la 3D. Ce roman doit les faire passer à la 4D. Je suis une obscure scripteuse, mais... j'ai quelques ambitions. À voir si j'en aurai les moyens... 

En ce 24 décembre 2023 où je ne bosse pas sur ma nouvelle, je me dis que si je rencontre les bonnes personnes, et que je prends le temps qu'il faut, rien n'est impossible. J'ai les idées, j'ai de plus en plus l'envie, il me manque le soutien, financier, bien sûr, parce que l'estomac vide j'écris rien de bon, mais pas que. J'ai aussi besoin d'encouragements et de critiques constructives. Quitte à me dire "non, ça, ça va clairement pas le faire". 


Et justement, si je devais résumer 2023, aujourd'hui, avec vous, je dirais que c'est avant tout des rencontres, des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée…

Diniz, Christophe, Élise, aussi, un peu, même si ça a été très court. D'autres moins bonnes qui ne valent pas qu'on en parle. Mais surtout Diniz et Christophe qui m'aident à transformer les rêves en espoirs, les improbabilités en possibilités.

Et, peut-être, l'année prochaine, en réalité. Qui sait?

En attendant, demain, raclette et écriture. La période des fêtes, pour l'asociale que je suis toujours, c'est une période particulièrement fertile, et grasse. Les autres festoient, sont en vacances, occupés donc j'ai moins de mal à me concentrer que le reste de l'année.

C'est pourquoi je vous souhaite de très joyeuses fêtes. 

dimanche 29 octobre 2023

Critique: L'étoile de mer, de Popier Popol

 



Petite précision: j'ai lu ce livre alors que je subissais une polysomnographie. Autrement dit, je me faisais scruter le sommeil pour savoir si je fais de l'apnée ou s'il y a une raison physique, mesurable à ma fatigue chronique. Spoiler: Non. C'est donc très certainement psychologique.

Mais on s'en fout, c'est pas le sujet. C'est juste que j'étais particulièrement crevée quand j'ai lu L'étoile de mer, aux éditions grevis.

Déjà, c'est quoi, ce machin? J'ai envie d'appeler ça de la poésie, donc je le fais: c'est de la poésie. Popol (tu permets que je t'appelle Popol?) nous parle du quotidien de Nathalie, un quotidien assez pénible, mais pas épique. Quotidien. D'une douloureuse banalité. Son boulot nul, sa vie sentimentale pas franchement passionnante... Je le vends bien, hein? Non, mais en fait, c'est là que c'est génial: c'est super bien raconté.

Vous savez à quoi il me fait penser, ce livre? À Leïla Bekhti. Si, si! Et surtout à sa recette de lasagnes. Je suis pas foutue de savoir si ça semble mangeable, comme recette, parce qu'elle raconte ça comme si c'était la plus abominable des tragédies, et ça nous donne envie de pleurer avec elle. Du coup, on explose de rire.



Ben là, c'est pareil. C'est triste à mourir, comme existence mais comme c'est raconté de façon atypique, ben c'est souvent rigolo. Et quand c'est pas rigolo, c'est émouvant. En tout cas, c'est jamais chiant. C'est pour ça que je parle de poésie: tout est dans la formulation, le choix de mots. C'est court, c'est léger, jamais pompeux, ça transpire d'humilité et, paradoxalement, d'amour. Notamment pour Philippe Poutou.

De toute façon, dès les premières pages, j'ai été séduite par la petite référence à la con qui va bien, je cite: "(léléla)".

Si t'as moins de trente ans, tu ne peux pas comprendre et c'est ça qui est bon.

Bref, lisez Popol, lisez L'étoile de mer.

dimanche 22 octobre 2023

Critique: Football factory, de John King

 



C'est mon deuxième John King, après Skinheads, et je comprends son succès. La parenté avec Welsh est évidente. Tous deux aiment les prolos britanniques honnis : hooligans, skins, toxicos... et ils les décrivent avec précision et un certain amour. On sent qu'ils ont fréquentés, qu'ils les connaissent, qu'ils en font peut-être même partie, d'une certaine manière.

Avec Football factory, aux éditions de l'olivier, King nous plonge dans une bande de potes liés par leur club, leur histoire et... leur virilité. Ils voyagent en Angleterre, au gré des matchs, dans les différents clubs qui affrontent leur équipe de Chelsea, au milieu des années 90, quand des hordes de supporters se tapaient sur la tronche en marge de chaque match.

Comme pour Skinheads, l'idée est de leur donner des noms, des visages, des parents, de les humaniser, de nous amener à les comprendre, à comprendre comment on en vient à se faire démolir la tronche par d'autres types qui partagent la même passion, mais pas le même maillot, à frôler la mort, à se retrouver en taule et à en éprouver une certaine fierté.

Football factory s'apparente à un travail journalistique, en immersion. King privilégie le réalisme. C'est la différence avec Welsh, qui met en scène des personnages plus marquants, dans des histoires continues. Là, King évacue ce qui ne va pas dans le sens de sa démonstration. Il n'y a pas d'histoire, mais des histoires avec des personnages récurrents qui ne se démarquent pas vraiment les uns des autres.

Le but n'est pas de nous divertir, de nous amuser, encore moins de nous prouver à quel point King écrit bien. Non, le but c'est de nous montrer l'univers du football anglais dans les 90's, avec une certaine précision.

Et c'est incontestablement réussi.


La prochaine critique portera sur un livre totalement différent qui s'intitule L'Étoile de mer, de Popier Popol. Je l'ai déjà terminé, et il est très bon.


dimanche 15 octobre 2023

La magie de l'écriture

 Quand je relis mes derniers textes, j'ai souvent cette impression très étrange que... c'est tellement bon que j'ai l'impression que ça a été écrit par un autre. Avant, quand je me relisais, au bout d'un moment j'en venais à me dire "oui, ok, il y a de bonnes choses, mais...".

C'est comme si, depuis quelque temps, une muse avait décidé de me souffler ce que je dois écrire.

En général, le matin, je me relis, et je trouve toujours des petites choses à améliorer. Des incises à préciser, des virgules à ajouter, des répétitions à éviter, des formulations à clarifier... Et là, je sais, sans conteste, que c'est moi qui pilote.

Mais l'après-midi, je suis dans la phase création et c'est totalement différent. 

J'ai décidé de me mettre devant mon traitement de texte à 14h. Comme je suis une rebelle, la plupart du temps, il est au moins 14h30 quand j'y reviens. Là, je pousse un grand soupir en me demandant ce que je vais raconter. Comme rien ne vient, je me réfugie sur mes réseaux sociaux, et le temps passe...

Vers 15h30, j'en suis toujours à me dire que je suis une fraude, que je suis naze. Particulièrement en début de semaine. En ce moment, je bute particulièrement sur l'usage du plus que parfait et j'en viens à m'interroger sur ma prétention à écrire des romans alors que je ne maîtrise même pas ce basique.

Sauf que, je sais, au fond de moi, que tout ça va se débloquer vers 16h, comme par magie.

Je vais lancer une phrase, et là, mon cerveau, ma muse, la magie - appelez ça comme vous voudrez-, va se mettre à fonctionner et ça peut aller jusqu'à une frénésie difficile à arrêter.

"Et là bam, je lui fais faire ça, et puis elle dit ça et pif l'autre, elle réagit comme ça. Il suffit que je l'amène comme ça. Allez, je fonce, je m'occuperai des détails plus tard. Plus que parfait ou passé composé? Plus que parfait, évidemment!"

Et le récit se déroule, naturellement, de façon logique, cohérente. Évidente. Mes personnages s'agitent comme s'ils étaient réels. Je suis le vague plan que j'avais en tête au départ, et je l'habille de multiples détails, je le change, je le peaufine, je l'affine, et j'y prends un énorme plaisir.

Je pense à mon lecteur, en permanence, je joue avec lui, je lui glisse du deuxième voire du troisième degré, je le prends par la main et je l'amène dans mon univers. De temps en temps, je lui balance une petite phrase pour le faire marrer, ou lui occuper la tête pendant ses insomnies, mais surtout pour qu'il reste bien éveillé parce que sinon il risque de rater un passage important.

J'essaie de l'inciter à relire mon bouquin, parce qu'à la première lecture, tu passes à côté de l'essentiel. Cette petite phrase, rigolote parce qu'elle semble hors contexte, absurde, ironique, si, en fait, il fallait la prendre au 1er degré, en reculant d'un pas pour considérer les personnages autrement, comme des symboles?

Ça mouline sans que je m'en rende compte et j'ai l'impression d'écrire une histoire qui existait déjà, avant, dans une autre dimension. Simplement, je l'arrange avec mes mots et ce foutu plus que parfait, mes références, mon existence, ma personnalité qui se révèle à moi en même temps.

En écrivant l'histoire de personnages fictifs, j'écris ma propre histoire. Mise en abyme.

Il faut que je relise Borgès. Encore.

dimanche 1 octobre 2023

Critique: Martin Eden, de Jack London


 

Ne prêtez pas attention à ce vernis mal foutu: je ne suis pas douée, mais c'est pas le sujet.

J'entends dire depuis longtemps que Martin Eden est le chef-d'oeuvre de London donc j'ai voulu découvrir cet auteur par ce livre. J'avais déjà lu une biographie du bonhomme, très intéressante. Un prolo, vraiment parti de rien, viscéralement socialiste, qui a appris à maîtriser le langage alors qu'il vivait d'improbables aventures aux quatre coins de la mappemonde. Et ce livre est en grande partie inspirée de sa vie.

Sauf qu'ici, il n'est pas question de voyage exotique, mais plutôt de voyage intérieur. London nous plonge dans la peau d'un écrivain en devenir, qui apprend à maîtriser la langue en autodidacte, qui se méprend sur le fonctionnement éditorial, qui devient arrogant et... termine particulièrement déçu d'avoir atteint ses objectifs.

Il voulait montrer au monde quel génie il était, y parvient et... se retrouve confronté à l'hypocrisie du monde qu'il a toujours fréquenté. Hé oui, hier, on le conspuait, aujourd'hui, on l'adule, alors qu'il a toujours été la même personne.

Le moment était parfaitement choisi pour lire ce livre, puisque... je suis dans une position comparable à celle du personnage, au milieu du récit. Moi aussi, j'écris depuis des années, avec de très modestes résultats. Moi aussi, j'ai sacrifié énormément de choses pour écrire. Comme lui, je suis pauvre, par "choix", parce que je veux avoir du temps à consacrer à l'écriture. Comme lui, je suis très seule. Comme lui, quand je parle de mes textes, les gens me regardent comme si j'étais un enfant de trois ans qui vient de dessiner une maison avec un gros soleil qui sourit. Moi aussi, je suis arrogante, mais... je peux aussi me montrer humble. J'ai conscience d'avoir encore des défauts, même si j'en ai déjà corrigé beaucoup. Je continue à apprendre et à m'améliorer.

Tout écrivain en devenir devrait lire Martin Eden qui constitue un beau témoignage sur l'écriture, à une époque, aux Etats-unis mais qui conserve une portée universelle.

Je trouve néanmoins l'oeuvre un peu naïve, parfois poussive, pas totalement maîtrisée, avec une fin, que je connaissais par avance, assez décevante. Mais c'est sans doute mon arrogance qui parle.

Il n'en demeure pas moins que je ne regrette pas du tout ma lecture, et que je lirai sans doute d'autres œuvres de London.

Rendez-vous compte que je n'ai encore jamais lu Les Trois Mousquetaires. C'est dire s'il me reste des "classiques" à découvrir. Il figure sur ma pile à lire.

En attendant, c'est John King et Football factory que j'ai déjà attaqué. Et il me déstabilise toujours, John. C'est pas son truc, les romans linéaires, hein?


dimanche 3 septembre 2023

Un nouveau roman en cours de finition

 J'ai voulu profiter de cette année un peu particulière, avec des ARE et une opération chirurgicale en plein milieu, entre autres, pour me tester. Je voulais voir ce que ça donnait, si je me consacrais à l'écriture à temps plein.

J'avais toujours pensé que l'inspiration venait quand elle venait, souvent la nuit, et qu'il ne fallait surtout pas la forcer. J'estime aujourd'hui qu'il s'agissait d'une erreur.

Bien sûr, il y a de longues périodes où je ne vois rien à taper sur mon traitement de texte, dans une journée. Mais passer ce temps dans mes notes me permet de trouver de nouvelles idées, plutôt que de les gâcher à autre chose. Même si mon texte ne semble pas avancer, il se construit, dans l'ombre de mon crâne, et je m'améliore.

J'ai souvent la tête dans le cul. Beaucoup trop. Et j'avais aussi tendance à me dire que dans cet état, je n'étais bonne à rien. C'est faux. Il reste possible de se relire, et, au pire, de lancer un coup de correcteur, de prendre du recul, compléter les fiches de mes personnages, de mes lieux...

Bref, nous sommes au tout début de septembre, et j'ai produit trois bouquins: une pièce de théâtre, un spectacle à sketchs et un roman "érotique". Les trois méritent quelques relectures et améliorations, mais pour les deux premiers, j'ai le temps. Il faut que je trouve une compagnie pour les jouer et ça risque de ne pas être pour cette année.

Quant au troisième, j'espère l'avoir vraiment terminé en fin de semaine prochaine.

Je l'ai fait lire à deux amis pour m'assurer que je n'ai pas écrit d'inepties dans des domaines qu'ils maîtrisent mieux que moi, et ça ne semble pas être le cas. En bonus, ils ont l'air d'apprécier leur lecture pourtant très particulière.

Deux autres amies m'ont proposé leurs services de relecture. Elles peuvent effectivement m'aider niveau incohérences et syntaxe, mais avec leurs vies chargées, j'espère qu'elles pourront s'en acquitter assez vite.

Parce que j'ai hâte d'exhiber mes personnages au monde.

Je dois dire que c'est une première, pour moi. J'ai adoré passer ces quelques semaines avec eux, et je suis triste de devoir les abandonner. Mais je suis surtout fière de moi. J'estime m'être grandement améliorée niveau technique au cours de cette écriture, et... le résultat, que je continue à améliorer, me semble bien plus abouti que mes précédentes productions.

Je n'ai pas pu m'empêcher d'y ajouter quelques niveaux de lecture qui devraient provoquer des vertiges, et, je l'espère vraiment, provoquer réflexions et rêveries, en plus de l'effet recherché principalement.

La semaine prochaine, je vais donc me relire, encore et encore, jusqu'à ce que je ne voie plus rien à modifier. Je vais enrichir mes descriptions, uniformiser, corriger, approfondir, clarifier... Je vais tâcher de virer les effets de manche, traquer les clichés, les erreurs de concordance des temps, les répétitions...

Ensuite, Rêves de queer passera son entretien d'embauche pendant que sa créatrice croisera les doigts, en se demandant si elle ne s'est pas, encore, égarée dans ses délires... 

Mais à ce stade, je suis convaincue qu'il mérite d'exister, d'être publié et qu'il trouvera son public.

dimanche 6 août 2023

Critique: King Kong théorie, de Virginie Despentes


 

Ce livre me faisait de l'oeil depuis plusieurs années. Il m'intriguait. Déjà, Despentes: tout ce qu'elle fait attire mon attention. Même si j'ai moyennement aimé Vernon Subutex, et que Les Chiennes savantes ne m'avait que partiellement comblée.

Et puis, pourquoi King Kong théorie? De l'importance du titre: Nothomb m'a attirée dans ses filets avec Métaphysique des tubes. J'avais besoin de comprendre comment on pouvait devenir un best seller avec un titre aussi peu sexy.

Surtout, j'en entends beaucoup de bien depuis longtemps.

Alors voilà, j'ai lu ce court essai, au Livre de Poche, en quelques heures. Et maintenant, j'ai envie de lire tous les autres, et même de relire Vernon Subutex et Les Chiennes savantes.

C'est étrange à dire, et si elle le lit, ça va certainement lui semblé très intriguant, mais je me suis identifiée à elle. Nous avons des vies, des vécus très différents, on ne se ressemble pas, et pourtant, j'ai eu ce sentiment du début à la fin qu'elle parlait de moi. C'est peut-être, simplement, parce qu'avec son style punk, elle a réussi à toucher juste.

C'est peut-être, aussi, que nous ne sommes, elle et moi, pas des meufs lambda. Il doit être là, notre point commun: la marge, le recul. Différentes l'une de l'autre, mais hors du cercle.

Ce qui lui permet de le définir, ce cercle, de nous expliquer ce qu'est une femme, et en creux, ce qu'est un mec. De nous parler des relations désastreuses entre les deux, de la place merdique de la femme, surtout si elle n'entre pas dans le cercle.

Mais, dans le fond, qui peut y entrer, dans ce cercle de la femme acceptable? Personne. Les attentes contradictoires, entre la putain et la sainte, sont conçues pour qu'aucune femme ne soit jamais en sécurité.

Je vais le relire. Parce que j'en ai besoin. Parce que cette société a besoin de cette théorie.

Je lis peu d'essais. Je préfère qu'on m'explique une philosophie avec des images, des situations, de la fiction, mais King Kong théorie vient de rejoindre Manifeste d'une femme trans, de Julia Serano dans la catégorie "explosion de cervelle salvatrice".

Deux femmes qui, de par leurs vécus, ne peuvent voir notre société que d'un angle original, et donc éclairant.


dimanche 30 juillet 2023

Critique: Skinheads, de John King

 



On m'a chaudement conseillé de m'intéresser à John King, qui n'a rien à voir avec Stephen, alors j'en ai acheté deux: Football factory et Skinheads, aux éditions Points. Et j'ai donc commencé par ce dernier.

Je vais commencer par évacuer ce détail: il y a des coquilles assez gênantes tout au long du roman.

Sinon, King nous livre un récit très descriptif avec comme idée de nous montrer ce qu'est le "vrai" skinhead anglais, originel. Et je dois dire que pour moi, Française rurale, le skinhead, c'est le fasciste aux cheveux rasés, qui porte des Dr Martens avec des lacets blancs, qui écoute de la musique aux propos racistes et violents, et qui pratique la ratonnade à l'occasion. Une espèce qui, à défaut d'avoir disparu, s'est quelque peu transformée, depuis les 90's.

Je revois encore mon meilleur ami de l'époque s'amuser à transformer en maisons les nombreuses croix gammées que ces ordures traçaient un peu partout dans notre ville à cette époque.

Je partais donc avec des a priori aussi négatifs que possible.

Et la lecture de ce livre m'a permis de comprendre que ces ordures ont corrompu le mouvement skinhead original, qui n'avait rien de fondamentalement raciste. Il est question d'influences jamaïcaines, de proximité avec le punk, avec un patriotisme et un goût de l'ordre, de l'uniforme qui font leur fierté.

À vrai dire, je n'ai pas pu m'attacher aux personnages, malgré tout. Parce que s'ils se montrent, à mon sens, tout à fait respectables, contrairement à leurs avatars que j'ai eu le malheur de croiser dans ma vie, ils restent trop éloignés de moi.

Et l'histoire n'est qu'un prétexte pour nous les montrer en situation, interagir entre eux et avec leur société. Le vieux taulier rachète un bar pour bien nous montrer à quoi ressemble l'esprit skinhead, un autre s'embrouille avec des dealers pour nous montrer leurs valeurs morales... OK.

C'est bien écrit, c'est détaillé, c'est riche, c'est parfaitement crédible... King maîtrise sa langue et son sujet, mais j'ai pas adhéré. J'aurais aimé un peu plus de piment, de tension.

J'espère que Football factory, que je lirai d'ici peu parce que je ne compte pas me décourager si facilement, répondra un peu plus à mes attentes.


dimanche 23 juillet 2023

Critique: Le Monde de Julia, de Jean Baret et Ugo Bellagamba


 


On m'a dit le plus grand bien de la collection mu, chez Mnemos, alors j'ai voulu tester. Après avoir passé un certain temps à scruter les titres tous aussi intéressants les uns que les autres, j'ai opté pour un roman qui mélange science-fiction et... droit. Deux univers que je connais un peu et qui me plaisent bien. Voilà comment je me suis retrouvée avec Le Monde de Julia.

Je pense qu'il vaut mieux disposer de certaines connaissances juridiques pour pouvoir appréhender cette fable plutôt complexe. Il s'agit, en quelque sorte, d'une version modernisée de Montesquieu et son Esprit des lois, avec, peut-être, un zeste de Lettres persanes dans la forme. Ayant lu ces deux ouvrages à la très lointaine époque du lycée, je préfère rester prudente sur l'analogie.

À travers un monde en ruine où les survivants cherchent la meilleure organisation politico-juridique en se basant sur des films ou des livres de l'ancien monde, on suit à la fois un groupe de scientifiques qui essaient de mettre un peu de raison dans ce terrible bordel, et une étrange gamine, Julia, qui brille par son intelligence et ses connaissances hors normes. Elle va devoir suivre une sorte de cheminement initiatique, accompagnée par un robot et d'insolites créatures qui vont la jauger jusqu'à la révélation finale, qui donne à réfléchir, à l'heure de Chatgpt.

Et si le salut nous venait de cet enfant hors norme?

Je dois avouer avoir été larguée par le récit une fois ou deux, même s'il se laisse lire, avec un style fluide et agréable.

Et pour ce qui est du livre en tant qu'objet, il est très beau et met parfaitement en valeur le texte. Je n'ai pas le souvenir d'avoir croisé une coquille et les couvertures de cette collection me plaisent beaucoup.

Ça donne envie de s'y faire éditer... 

dimanche 18 juin 2023

L'humour, le rire, la claque

 Depuis que j'ai commencé à écrire des sketchs, j'ai essayé de prendre du recul pour saisir la mécanique du rire. Pourquoi tel texte va faire hurler de rire (presque) tout le monde alors que tel autre va connaître un bide retentissant.

Il n'existe pas de recette miracle. Un simple "prout" peut faire hurler de rire certains enfants et aussi beaucoup d'adultes, et en consterner quantité d'autres. De la même façon, une vanne dans laquelle on se moque de l'accent d'un personnage appelé Mamadou continuera à faire rire certaines personnes, et à en indigner d'autres. Ça passait tranquille il y a quarante ans parce que les moqués n'avaient pas voix au chapitre.

Je ne crois pas que Coluche ou les Inconnus feraient les mêmes sketchs aujourd'hui, ou alors ils connaîtraient un succès nettement moindre. Parce que l'humour est en grande partie question de contexte.

La fameuse blague "Qu'est-ce qui sépare l'homme du singe? La méditerranée!", si vous la racontez, premier degré, en Algérie, vous aurez beaucoup moins l'impression d'être un génie de l'humour que si vous la racontez lors d'un meeting de Zemmour.

Mais il y aura toujours des OSS 117 pour soutenir qu'on peut rire de tout, que c'est juste un rôle, que c'est pas méchant et appeler à censurer les censeurs.

De la même façon, balancer une vanne pendant un mariage n'aura pas le même effet que la même vanne prononcée de la même façon pendant un enterrement.

Les blagues Carambar ne sont drôles que quand on les partage avec des amis qui ont envie de rire, vous avez remarqué? Si vous les lisez seul, en général, elles auront déjà bien de la peine à vous arracher un sourire. Par contre, si vous la lisez à une personne de bonne humeur en la ponctuant d'un rire communicatif et crédible, même forcé, vous pouvez déclencher un interminable fou rire avec une vanne pourtant très médiocre.

C'est très compliqué de faire rire avec juste un texte.

Ça l'est un peu moins avec une personne qui lit en audio, mais ça reste très compliqué, parce qu'il faut que la voix soit drôle, bien jouée avec une tonalité particulière.

Les humoristes, quand ils passent à la radio, sont souvent accompagnés d'animateurs payés pour rire de façon bruyante aux sketchs. Imaginez Paul Mirabel lire ses textes seul. Il resterait drôle, mais serait nettement moins efficace. Avec la vidéo et sa tête de chien battu, ça aide, mais pas autant que d'avoir des complices qui explosent de rire. Surtout s'ils ont un rire aussi contagieux que ceux de Dominique Farrugia ou feu Thierry Roland.

C'est pour cette même raison que les sitcoms telles que Friends ou Une Nounou d'enfer bénéficient de rires en boîte. On pourrait se dire que c'est tellement drôle qu'elles n'en ont pas besoin, sauf que ça aide beaucoup.

Il existe d'ailleurs une pratique connue depuis l'antiquité qu'on appelle "la claque". Elle consiste à assister à un spectacle et à rire ou applaudir aussi fort que possible, selon la situation, même si on n'en a pas envie pour inciter le reste du public à faire de même, ou donner l'impression d'un succès. Ou, à l'inverse, si on veut plomber un rival, on peut aussi venir à plusieurs pour huer les comédiens, même si le spectacle est bon.

Par exemple, imaginez un spectacle de théâtre amateur, comique, qui doit durer trois heures. C'est déjà long, pour un tel spectacle. Les professionnels, y compris au cinéma, excèdent rarement les deux heures, parce qu'au-delà, le spectateur fatigue. Imaginez qu'en plus le spectacle a pris deux heures de retard, mais les gens sont bien obligés de rester pour récupérer leurs enfants, leurs proches qu'ils sont venus voir. Parce que, bien sûr, ils ne viennent pas pour la prestation. Scénario catastrophe, j'en ai bien conscience, j'exagère volontairement le trait. Au début, les gens rient et puis, au bout de deux heures, ils en ont marre, ils ne pensent plus qu'à rentrer chez eux, qu'à voir ce calvaire se terminer.

Hé bien à ce moment, il n'est pas inutile pour les gens de l'association de se mêler au public, dans le noir, et de rire très fort à chaque vanne des comédiens pour essayer d'entraîner deux ou trois personnes avec eux, et, surtout, pour faire croire aux comédiens qu'ils ne sont pas en train de faire un bide total.

Ce qui pourrait s'avérer traumatisant.

Voilà pourquoi je n'arrive pas à me satisfaire de mes sketchs. Je n'ai pas le talent pour faire rire simplement avec ma timide voix, je suis trop complexée pour tenter la vidéo. Dans l'idéal, il me faudrait des complices, pour rire à mes vannes et entraîner le public. Dans ce contexte, les rires en boîte ne me semblent pas une bonne idée.

Bref, le podcast aura été une bonne expérience, mais je n'ai pas les moyens de mes ambitions, pour le moment. Si ma situation évolue, je pourrais y revenir mais je préfère consacrer mon énergie à la pure écriture.

Par contre, si d'autres veulent mettre en son et éventuellement en images mes textes, j'en serais ravie.

D'ailleurs, j'en connais une dont j'attends des nouvelles...

Critique: La Commode aux tiroirs de couleurs, d'Olivia Ruiz

 


J'aime beaucoup Olivia Ruiz, sa voix et son univers, alors quand j'ai vu qu'elle avait écrit un roman, je l'ai immédiatement ajouté à ma liste.

Et me voilà donc à donner mon modeste avis sur La Commode aux tiroirs de couleurs, chez Lattès avant de sortir en poche.

Dans cette fameuse commode, Olivia découvre l'histoire de sa grand-mère. Difficile de savoir où s'arrête la réalité et où commencent les petits arrangements, mais j'imagine qu'elle a dû faire primer la sincérité dans son récit.

Tout commence avec la guerre d'Espagne qui force une petite fille à fuir en France. La narratrice ne consacre que quelques lignes aux mauvais traitements infligés par les Français à ces migrants d'alors, ce n'est pas son sujet. Elle a appris la langue et s'est faite passer pour une française, parce que ça valait mieux pour tout le monde, et elle en avait la possibilité.

Le livre parle surtout d'un amour torturé par la dictature franquiste, d'une guerre qui enlaidit les plus belles valeurs, le deuil, la maternité...

La Commode aux tiroirs de couleurs dessine le portrait d'une femme à la fois ordinaire et formidable, une femme amoureuse et frustrée, une femme aimante et comblée par sa fille, une femme au fort caractère qui trace son chemin et celui de sa famille, de ses descendantes, jusqu'à Olivia.

Au niveau du style, je m'attendais à plus osé, plus poétique. Quelques envolées m'ont mis des étoiles dans les yeux, mais j'imagine que l'autrice a préféré la pudeur et l'humilité à l'audace, pour ne pas occulter l'histoire et son personnage, qui ne lui appartient pas vraiment.

C'est agréable à lire. Pas autant qu'un Pagnol, bien sûr, mais on se laisse emporter par l'émotion et les sentiments dans le récit de ce contexte révoltant.

samedi 10 juin 2023

Critique: Feminicid, de Christophe Siébert




C'est grâce à Diniz que j'ai fait la connaissance de Christophe Siébert, qui pèse dans le game, comme disent les jeunes, mais c'est pas le sujet du jour. Là, je ne vais pas vous parler de la légende, mais de l'auteur, en toute simplicité.

Bon OK, je vais essayer de ne pas partir dans la flagornerie.

Il s'agit donc de Feminicid, Une Chronique de Mertvecgorod, édité par l'excellent Diable Vauvert. Ha oui, pardon, pas de flagornerie, j'ai dit.

Je ne le connaissais pas du tout et je le regrette bien. Feminicid... C'est le titre qui m'a amenée à choisir cet opus plutôt qu'un autre. Le thème me parle particulièrement.

Je m'attendais à trouver un roman, mais non, c'est un assemblage de réflexions, de témoignages, de chronologies historiques. Christophe Siébert se met dans la peau d'un journaliste fictif qui enquête sur une abominable série de féminicides, et qui livre ses trouvailles.

La forme s'avère déroutante. J'imagine qu'elle doit l'être un peu moins pour ceux qui connaissaient déjà Mertvecgorod, ce petit pays fictif situé au niveau de la Russie et de l'Ukraine, déjà présenté dans Images de la fin du monde.

Ce qui n'était donc pas mon cas. J'ai plissé les yeux et froncé les sourcils une bonne partie du bouquin, à me demander dans quoi il m'embarque, monsieur Siébert.

Il m'a embarquée dans un monde dégueulasse, pourri jusqu'à la moelle, qui n'est pas sans rappeler Dantec, comme indiqué sur le quatrième de couverture. Oui, on sent, du début à la fin, La Sirène rouge, Les Racines du Mal, Babylon babies, voire Les Résidents, comme références. Ça tombe bien, j'ai adoré ce parano de Dantec (comme auteur, beaucoup moins pour son positionnement philosophico-politique), dans ses premières œuvres. Beaucoup moins après Babylon babies.

Sans spoiler, j'ai beaucoup aimé le passage avec la pierre noire, qui m'a bien chatouillé l'imaginaire.

Pour peu qu'on aime bien le sadisme, la corruption, la crasse, on devrait s'y retrouver. À condition, cependant, de ne pas se montrer rebuté par les puzzles.

Parce que le livre est présenté, un peu, comme un dossier pénal. Le sieur Siébert ne prend pas son lecteur pour un con. Il le submerge donc d'informations où la fiction et la réalité peuvent se mêler. Il faut s'accrocher et réfléchir, partir du détail pour ensuite prendre du recul, dans le temps et dans l'espace. Comment ce pays en est arrivé à cette situation dramatique? Pourquoi ces femmes sont-elles mortes? Pour qui?

C'est dense, c'est touffu, c'est riche.

Je n'imagine pas le temps qu'il aura fallu pour construire cet univers, avec une telle précision.

J'ai donc la ferme intention de retourner à Mertvecgorod, d'ici assez peu de temps, pour voir jusqu'à quel point l'esprit humain peut sombrer.

dimanche 4 juin 2023

Critique: Gokan, de Diniz Galhos





Je connaissais Diniz par ses traductions de mes bouquins préférés. Il faut dire qu'il a un nom qui sort de mon ordinaire, et qui se retient plutôt pas mal. Le hasard a amené nos chemins virtuels à se croiser, il y a peu, et j'ai découvert un type avec des valeurs qui me plaisent bien et des goûts littéraires qui collent avec les miens.

De mon point de vue, ça suffit déjà à justifier l'achat de ses romans.

J'ai donc essayé Gokan, au Cherche-midi, (il me pardonnera pour les accents, j'espère, je ne sais pas où Linux me les a foutus (et j'ai un peu la flemme de chercher)), qui est malheureusement trop difficile à trouver. Raison pour laquelle je me retrouve avec un livre d'occasion, dans un état correct.

Dès les premières pages, je me suis dit "mais il est bon, ce con!". On s'habitue un peu trop à ce que les mecs talentueux soient des pourritures, alors, forcément, ça peut surprendre. Et, peut-être par jalousie, j'ai cherché des défauts. Alors, ma deuxième réflexion, ça a été de me dire "Ok, Diniz, ça va, on a compris que tu connais le Japon mieux qu'un Japonnais. Et la ramène pas trop non plus niveau musique, hein?"

Sauf que j'ai dû me rendre très vite à l'évidence que c'était de la mauvaise foi de ma part. C'est bien dosé, ça se passe au Japon et il nous y plonge avec maîtrise. C'est ça, qui me frappe le plus: le style. C'est rythmé, c'est riche mais pas "m'as tu vu". De temps en temps, il te met une petite claque pour te réveiller. La figure de style, la punchline qui va bien...

Ok, tu maîtrises le kung-fu, maintenant, montre-moi ce que tu as dans le ventre.

Diniz nous raconte une histoire simple, une histoire de yakuzas, avec une valise pleine de billets, un américain bien dégueulasse, une jeune femme qu'il ne faut définitivement pas emmerder, des flingues, des armes par destination et quelques pauvres types qui se demandent ce qu'ils font dans ce merdier.

C'est du Tarantino version roman. C'est indiqué sur la couverture, c'est rappelé dans le récit, c'est totalement revendiqué.

Il ne faut donc pas chercher des grands sentiments, de la philosophie, une morale bouleversante... Non, c'est du divertissement, c'est du défoulement, c'est un assemblage d'éléments disparates de la culture pop. 

C'est de la série B, mais écrite comme si c'était de la "grande littérature", c'est de la vulgarité écrite avec talent. C'est aussi un exercice de style: comment transposer du cinéma en mots et juste en mots.

Diniz nous présente des personnages caricaturaux, comme l'Américain, qu'il réussit à rendre crédibles, vivants. Ils ont tous une histoire, même les plus insignifiants, une personnalité et je me suis demandé tout au long du roman "mais où il veut en venir? C'est quoi le rapport entre tous ces gens qu'il nous dépeint avec finesse?".

Je ne vais pas spoiler, mais ça me rappelle un peu quand j'étais gosse, que j'inventais des histoires avec mes jouets, que je leur donnais une personnalité, pendant des heures et à la fin... bam bam bam!

Voilà, il n'y a pas d'autre prétention, c'est conçu pour être jouissif. Et ça l'est.

Une fois terminé, je me suis donc posé une autre question: pourquoi il n'est pas plus connu, ce bouquin, mais aussi son auteur? Pourquoi je ne le découvre que maintenant?